Le troisième ouvrage que je souhaiterais vous présenter est une compilation de portraits photographiques et dactylographiés de personnes ayant migré vers le plat-pays noir-jaune-rouge. Tout l'intérêt de la compil' étant de vous faire découvrir l'énorme diversité des parcours de vie des personnes ayant choisi la voie de l'immigration, ainsi que l'énorme diversité de motifs ayant poussé ces derniers à tenter "l'aventure" de l'immigration. Il n'y donc pas, conformément au stéréotype en vigueur, "un" type unique de migrants mais "des" migrants. Le migrant n'est pas forcément pauvre, non-qualifié, originaire du sud de la planète et analphabète. On passe donc de l'ingénier au dürumite (personne confectionnant les dürums) en passant par l'arbitre de football et le prêtre. A titre d'anecdote on peut d'ailleurs relever que l'ouvrage dresse un portrait très intéressant d'une jeune fille wallonne ayant choisi de "migrer" à Anvers (en terre flamande), et d'un agriculteur flamand ayant choisi de reprendre une ferme en terre wallonne. Ce livre, autant le dire tout de suite, n'est pas à lire d'une traite. Il s'agit d'une galerie de portraits, il est donc par essence fractionné par de multiples récits. Ceux-ci sont donc à lire dans le désordre et au hasard de votre humeur et de votre curiosité.

 

Ceux dont on tire ici le portrait se livrent à cœur ouvert sur leur vécu, nous partagent les joies et les peines liées à un changement d'environnement ainsi que leurs questionnements sur leurs multiples identités. En nous dévoilant la "face cachée" (car intime et personnelle) du phénomène migratoire, ce livre nous rapproche de ceux qu'on appelle parfois vulgairement "les immigrés" et qu'on jette, par l'usage de ce vocable, dans un même et unique sac. L'accent, en effet, est mis sur l'aspect "humain" de l'immigration, en tant que phénomène planétaire. Intéressant aussi, les multiples réflexions sur l'accueil réservé aux immigrés en Belgique et sur leurs parcours "d'intégration". Là aussi la diversité est de mise car bien souvent les personnes interrogées réagissent en fonction de leur culture d'origine. Ainsi, un Norvégien va trouver notre pays extrêmement sale et mal organisé tandis qu'une Cap-Verdienne va regretter notre rigueur et notre froideur nordique. Néanmoins tous s'accordent sur un point: l'intégration est l'affaire de tous. Chacun doit faire un pas vers l'Autre. Un migrant ne trouvera jamais sa place si personne ne lui tend la main tandis que le pays d'accueil ne peut rien si le migrant ne fait pas un pas vers lui.