Obamania : vivement la fin !
par Franky ki, lundi 3 novembre 2008 à 15:32 | Blog | #48 | rss
Non, rassurez-vous, je ne souhaite pas la mort du candidat Obama. Ni même sa non-élection (presque aussi grave). Mais, par contre, j'attends avec impatience que cette élection soit « jouée » pour que ce mouvement d'euphorie et de soutien consensuel et souvent irréfléchi à Barack Obama cesse.
Hier encore, les deux débats dominicaux dits politiques (certains diront « politiciens ») des deux grandes chaînes belges francophones étaient consacrées à ce sujet. J'ai pu voir quelques minutes de celui proposé par Controverse (RTL-TVI) et c'était, sans surprise, particulièrement nul, l'apport du débat étant proche du Zéro (il faut dire que tout ou presque a déjà été dit sur le sujet).
Notons tout de même que notre ami Pascal Vrebos a réussi à trouver un fan de John Mc Cain vivant en Belgique, qui n'est en plus (aux dernières nouvelles) ni texan ni militaire. Chapeau bas, c'est proche de l'exploit tellement il est quasiment impossible de tomber dans nos contrées sur un citoyen qui ne soutienne pas Barack Obama (je ne parle même pas de se retrouver face à un support de Mc Cain – ça c'est rêver).
En Belgique francophone, tous les partis politiques démocratiques (mais çà m'étonnerait pas que le FN belge -qui veut se rendre fréquentable- en fasse de même) soutiennent Obama. Idem en France (mais pas Bruno Gollnisch du FN visiblement). Ces formations politiques (qui ne perdent pas le nord, faut-il le dire) « récupèrent » là un véritable phénomène politico-glamour mais je crois que ces mêmes factions politiques se retrouvent toutes dans le message (voire dans le programme -même si personne ne l'a lu, moi y compris) du sénateur de l'Illinois.
C'est Elio Di Rupo qui est le président d'honneur de « Belgium for Obama » (le comité de soutien belge du candidat démocrate) mais cela pourrait très bien être Didier Reynders.
Cela en dit long sur la différence entre les échiquiers politiques français ou belges et américains. A mon sens (mais je n'ai pas étudié le programme de Barack, loin de là), Obama pourrait être en France ou en Belgique candidat de l'UMP ou du MR. Cela ne le discrédite pas pour autant, mais cela devrait faire réfléchir les sympathisants, militants et mandataires de formations de gauche qui soutiennent activement et avec enthousiasme la candidature de Barack Obama, croyant peut-être qu'il va changer la face du monde (rendre le capitalisme plus humain -si tant est que ce soit possible- par exemple, alors que l'on sait tous que sa campagne est financée largement par des lobbys économiques qui réclameront logiquement la monnaie de leur pièce une fois leur candidat élu).
Cela dit, je suis d'accord avec eux que l'élection de Barack Obama est assurément un « moindre mal » par rapport à l'élection du marchand de frites qui lui, ne risquent ni d'améliorer la condition de bons nombres de frères humains américains (par exemple les afro-américains) ni d'atténuer la tendance « va (t) en guerre »/impérialiste du grand frère américain.
Mais, de là à penser que l'élection du sénateur métis va changer les USA, assez profondément que pour que les effets s'en fassent ressentir en Europe, il n'y a là un pas que je ne franchirais pas.
Je n'ai donc absolument pas de problème à voir que l'on soutienne Barack Obama parce qu'il semble plus proche de sa propre conception de la société et parce que l'on pense (à travers ce que les médias veulent bien nous montrer) que ce serait mieux pour les américains que ce soit lui qui « sorte des urnes » (notamment pour améliorer la désastreuse image de ce peuple) mais je trouve cela à la fois pathétique et inquiétant (pour nos pays) de voir tant de jeunes et de moins jeunes qui ne s'intéressent pas ou à peine aux élections qui les concernent mais qui, soudain, s'investissent pour un candidat dans une élection se déroulant à des milliers de kilomètres.
C'est notamment (mais pas seulement) le cas de beaucoup de jeunes « noirs-européens »1 (entre autres de mon entourage) qui semblent se reconnaître dans le candidat Obama, en grosse partie parce qu'il est considéré comme Noir2 par les américains (et par les médias européens et africains dans la foulée) et parce que les égéries hip-hop/R&B US -que ces jeunes affectionnent souvent- soutiennent activement le candidat démocrate mais aussi parce que, contrairement à la politique belgo-belge3 4 simple et accessible. particulièrement difficile à comprendre ou à investir lorsqu'on n'est pas né ou que l'on n'a pas grandi dedans, on a là un jeux électoral et politique en apparence
De plus, si ces jeunes veulent (très légitimement) qu'on leur reconnaisse une vraie place dans les sociétés européennes (dans le cénacle politique mais pas seulement), je crois qu'il vaut mieux qu'ils créent des mouvements citoyens ad hoc (ou qu'il s'investissent dans ceux déjà existants), l'éventuelle élection de Barack Obama pouvant alors peut-être ouvrir une brèche.
En somme, je dirais que s'intéresser aux élections de tous les pays du monde, c'est très bien, mais il me semble que la citoyenneté commence d'abord près de chez soi – et celà, nos gouvernants et nos enseignants devraient mettre le paquet pour que cela devienne une réalité.
Que dire alors de ces nombreux noirs-africains (on les voit en tout cas beaucoup par la petite lucarne) qui semblent soutenir de manière très enthousiaste le champion démocrate ?
Je dois dire que cela me laisse pantois. Il est vrai que les Etats-Unis sont assurément moins responsable que certains Etats européens dans l'état du continent africain et ont donc, par ce fait, meilleur presse de ce côté-là du globe mais de là à soutenir avec une telle énergie un candidat qui, sauf erreur de ma part, ne s'est pas exprimé nécessairement par exemple pour une autre gouvernance en Afrique ou pour une révision des accords commerciaux défavorables aux Africains, il y a une démarche qui à quelque chose d'étonnante (surtout dans les proportions qu'elle semble prendre).
Ceci dit, cela est tout de suite moins étonnant quand on prend en considération la couleur de peau d'Obama (considérée comme noire, voyez cet article) et l'importance que beaucoup de noirs (je ne dirais pas du monde entier5) continuent, malgré que le contexte qui a accouché de la « négritude » a en tout cas évolué 6, d'apporter à leur couleur de peau en tant qu'élément les rapprochant nécessairement d'autres noirs (ou assimilés – comme Obama).
Non pas que je condamne cela en tant que tel, mais il me semble (et le cas de ce soutien des noirs-africains à Obama en est un bel exemple) que cet élément « racial » biaise le jugement que l'on peut avoir de quelqu'un et que cela est assurément dommageable dans le cadre d'un débat d'opinions (plutôt que de couleurs de peau) que je préférerais voir exister (et je ne dois pas être le seul).
Par exemple, dans ce cas-ci, ne croyez-vous pas que ces mêmes noirs d'Afrique auraient soutenu Barack Obama s'il avait le même profil que Mc Cain (vieux, républicain, vétéran de guerre, plus traditionalistes) mais avec un visage plus foncé ? Personnellement, je le crois sincèrement et c'est précisément cela qui me révolte (j'exagère un peu).
Sans vouloir, tel les pseudo grands frères blancs qui continuent de donner des leçons à l'Afrique avec une certaine condescendance, en faire de même, il me semble qu'il serait bien mieux pour le continent africain que certains mettent plutôt l'énergie qu'ils consacrent à supporter un candidat à une élection qui se déroulent à des milliers de kilomètres (sans qu'ils influencent quoi que ce soit au résultat de ladite élection7) à s'inspirer de grands hommes tels Lumumba ou Sankara pour pousser à la naissance de démocraties partout en terres africaines. C'est là faire oeuvre utile, me semble-t-il, mais je suis bien conscient que, eu égard à la répression policière hyper présente dans ces pays, ce n'est pas du tout évident, en tout cas bien moins que de s'afficher avec un T-Shirt à l'effigie du probable futur président des Etats-Unis d'Amérique.
1 Je sais que le terme est contesté. Sans vouloir amener les noirs d'Europe a se considérer comme européen, je veux simplement ici les distinguer des noirs-américains ou de ceux vivant en Afrique.
2 Mette une majuscule à "noir", çà m'a toujours fait dire que certains, par compensation du peu de considération apporté aux êtres humains de cette couleur aujourd'hui et surtout hier, veulent rendre à ce mot sa première lettre de noblesse ("N"). Ceux-là même ne mettent souvent pas de majuscule à "blanc" et disent parfois "black" parce que "noir", ce serait insultant.
3 Peu intéressante en ce moment, reconnaissons-le. Ce n'est pas comme cela qu'on créera des vocations...
4 On sait (quasiment) tous que le système électoral américain est particulièrement complexe. Je n'y ai moi-même jamais compris grand chose.
6 Je suis bien conscient que ce thème de la négritude demande bien plus de développements mais ce n'est pas l'objet du présent billet.
7 Que du contraire. On peut même penser que voir des centaines d'africains supporters d'Obama sur les chaînes américaines pourrait déservir le candidat, cela lui donnant une stature de candidat des noirs (même si non américains - de futurs immigrants diront certains...).

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